Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) de La Réunion

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Les rivières

Les rivières

Dans les rivières de La Réunion, on compte une trentaine d'espèces de poissons et une dizaine d'espèces de crevettes indigènes

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Avec la collaboration d'Ocea Consult'


Les rivières de La Réunion

La Réunion compte environ 750 rivières ou ravines. Certaines coulent toute l'année, ceux sont des cours d'eau pérenne, alors que d'autres ne coulent que pendant la saison des pluies (cours d'eau temporaires) voire seulement quelques heures. La relative jeunesse de l'île, par rapport aux autres îles de l'Océan Indien, donne un caractère torrentiel à la plupart de ces rivières.


     La rivière du Mât

La rivière du Mât est la deuxième plus grande rivière de l'île après la rivière Saint Etienne. Elle draine le cirque de Salazie où elle prend sa source et se déverse dans l'océan au Nord-Est de l'île où elle délimite géographiquement les communes de Saint André et de Bras Panon. La rivière du Mât est un parfait exemple de "rivière de cirque". Ce type de rivière (comme la rivière Saint-Etienne, qui sort du cirque de Cilaos, ou la Rivière des Galets, du cirque de Mafate) présente classiquement une succession de l’amont vers l’aval : cirque, couloir et delta.

Lit de la Rivière du Mât dans le cirque de Salazie (Photo: OCEA' Consult)
(Photo: OCEA Consult)
<- Le cirque (Salazie) est une zone ou l'érosion est intense (éboulis) et les précipitations importantes. L'eau et les matériaux sont transportés par de nombreux affluents (dont la rivière Fleurs Jaunes) jusqu'à l'exutoire du cirque.
En aval du cirque, la rivière s'écoule entre deux remparts abrupts dans un "couloir". Dans ce couloir, l'eau et les matériaux sont transférés vers l'aval avec des apports ponctuels d'affluents en rive droite (Bras de Caverne et Bras des Lianes) -> Cours intermédiaire entre remparts de la Rivière du Mât  (Photo: OCEA' Consult)
(Photo: OCEA Consult)
Embouchure de la Rivière du Mât (Photo drone: H. Grondin, OCEA' Consult)
(Photo drone: H. Grondin, OCEA Consult)
<- En aval, la rivière s'écoule en delta sur sa plaine alluviale. Au-delà du lit actif actuel, le lit de la rivière du Mât a pu divaguer au fil du temps sur cette plaine alluviale. Au sein du delta, les écoulements sont ralentis et les matériaux ont tendance à se déposer pour partie, occasionnant des formes de cours d'eau anastomosés, à l'image des capillaires sanguins qui se divisent puis se rejoignent. Ces zones de divagation favorisent également l'infiltration de l'eau dans le sous-sol de la plaine alluviale et l’alimentation de la nappe phréatique.


      La rivière des Roches

La rivière des Roches est une rivière des pentes externes qui s'écoule sur les flancs du Piton des Neiges, entre la rivière du Mât et la rivière des Marsouins. Le bassin versant est drainé par de nombreuses rivières (également dénommées ravines) pérennes dans cette région de l’île où les précipitations sont abondantes. Le substrat des pentes où s'écoule la rivière des Roches est constitué de coulées basaltiques à olivines (cristaux de couleur verte, issue du refroidissement rapide des laves lorsqu'elles s'écoulent du volcan, souvent présent dans les basaltes) issues des très anciennes séries dites des océanites et de coulées basaltiques plus récentes. Ces coulées basaltiques, très dures, résistent à l'érosion de l'eau et n'ont pas permis au cours d'eau de s'inciser profondément.

Le cours encaissé en amont de la Rivière des Roches (source: www.canyonaventure.re)
(Photo: www.canyonaventure.re)
<- Il en résulte que la partie amont de la rivière des Roches (et de ses affluents) s'écoulent sur de longues portions de roche mère ou de gros blocs et rochers, avec très peu d'alluvions fins issus de l'érosion. Le nom de la rivière (Roches) pourrait alors provenir de la particularité de ce cours d'eau de ne pas charrier d'éléments fins (graviers, sables), issus classiquement du transport des sédiments par le ruissellement. En conséquence, le cours amont de la rivière des Roches et de ses affluents est marqué par de multiples cascades. Les plus connues sont le Bassin la Mer et le Bassin la Paix, mais de nombreuses autres, plus cachés et difficiles d'accès rythment le cours de ces rivières. Les plus grandes chutes et bassins sont situés sur des fractures des formations basaltiques superficielles. Les plus petites fosses sont issues de processus d'érosion pouvant s'apparenter à des "marmites de géant". Ces fosses plus ou moins larges et profondes sont créées par les remous qui, mettant en mouvement des blocs ou galets, finissent par creuser les roches les plus dures et former ces cavités, paradis du canyonning à La Réunion!
Un affluent de la Rivière des Roches, avec de multiples gros blocs rocheux et peu de sédiments fins: l'endroit parfait pour se baigner dans une eau très claire... et très fraîche! -> Les blocs rocheux dans le lit de la Rivière des Roches (Photo: OCEA' Consult)
(Photo: OCEA Consult)
Embouchure de la Rivière des Roches (Photo drone: H. Grondin, OCEA' Consult)
(Photo drone: H. Grondin, OCEA Consult)
<- l'embouchure de la Rivière des Roches, plus étroite et profonde que celle de la Rivière du Mât


Des espèces adaptées à ces différents cours d'eau

Toutes les espèces d'eau douce de La Réunion présentent un cycle de vie migrateur : après une phase larvaire marine, les juvéniles (ou post-larves) colonisent les cours d’eau et les étangs pour y grandir jusqu'à être adultes.

Pour les espèces amphidromes, comme les bichiques ou les chevaquines, la reproduction se déroule en eau douce et les larves (également appelées embryons libres) ont quelques heures pour rejoindre la mer (ou mourir). Pour les espèces catadromes, comme les anguilles, les adultes migrent en mer pour se reproduire.

Le maintien de ces espèces dépend de la continuité écologique entre l’océan et les sources des rivières.


Les poissons des rivières

À La Réunion, tout le monde connaît les bichiques, alevins des cabots bouche-ronde, de fait les plus connues des espèces de poissons de rivière... surtout au stade juvénile, qui fait l'objet d'une pêche spécifique ! Les adultes, qui vivent dans les rivières, sont beaucoup moins connus, et peu de personnes savent qu'il s'agit en fait de deux espèces différentes ... -> Mâle de bouche ronde Sicyopterus lagocephalus (Photo: P. Valade, OCEA Consult)
Mâle de bouche ronde Sicyopterus lagocephalus (l'espèce présente sur toute la zone intertropicale Indo-Pacifique)
(Photo: P. Valade, OCEA Consult)

Anguille marbrée (Photo:  P. Valade, OCEA Consult)
Anguille marbrée
(Photo: P. Valade, OCEA Consult)
<- Parmi les autres espèces de poissons d'eau douce de La Réunion, l'anguille (Anguilla sp.) est une des plus emblématiques. Apparu il y a plus de cent million d'années, ce poisson quasi mythologique a survécu à plusieurs changements climatiques et à la dérive des continents qui ont affecté les conditions de vie marine et de vie continentale, au cours desquelles apparitions et extinctions d'espèces se sont succédées. Quatre espèces d'anguilles sont présentes dans les cours d'eau de La Réunion. L'espèce la plus abondante est l'anguille (géante) marbrée, Anguilla marmorata.


Les chevaquines, les petites crevettes des rivières de La Réunion

Les chevaquines se sont toutes les petites crevettes de la famille des atydés.

La crevette bouledogue (Atyoida serrata), est l’espèce de crevette la plus répandue dans les cours d’eau de La Réunion. Dans les bas, on retrouve essentiellement les plus jeunes individus (10 mm) qui viennent de terminer leur cycle de vie en mer et qui remontent le cours d’eau. Cette espèce possède de très fortes capacités d’escalade en remontant sur les parois humides des cascades de plusieurs centaines de mètres de hauteur. C’est dans les hauts, que les adultes des crevettes bouledogue vivent et se reproduisent dans des zones de courant turbulents et bien oxygénés, jusqu’au sources des rivières (plus de 1 500 m d’altitude) -> Crevette bouledogue (Photo: P. Valade, OCEA Consult)

Crevette bouledogue
(Photo: P. Valade, OCEA Consult)



La chevrette disparue des Mascareignes

Chevrette des Mascareignes - spécimen conservé au MNHN de Paris (Photo: P. Keith, MNHN Paris)Chevrette des Mascareignes - spécimen conservé au MNHN de Paris
(Photo: P. Keith, MNHN Paris)
<- La chevrette des Mascarins (Macrobrachium hirtimanus) est une espèce d’écrevisse endémique des Mascareignes (La Réunion et Maurice). Historiquement présente dans les zones aval des rivières de La Réunion, la dernière observation de cette espèce à La Réunion date du début des années 1980.

Récemment, l’ADN de l’espèce a pu être séquencé à partir de spécimens gardés en collection au MNHN de Paris: deux de l’île Maurice (collectés en 1818 et 1912) et deux de La Réunion (collectés en 1926). Cette information a permis de rechercher des traces de l’espèce supposée disparue en recherchant sa séquence d’ADN dans les cours d’eau de l’île (méthode ADN environnemental). Cependant, aucune trace de cette espèce n’a été trouvée à La Réunion depuis. Elle semble bien avoir disparue de l’île et peut-être de la surface de la Terre (il n’y a pas eu d’inventaires récent sur les cours d’eau de l’île Maurice). Plusieurs hypothèses sont émises pour expliquer sa disparition : surpêche, dégradation de la qualité de l’eau et des habitats, parasitisme, compétition avec des espèces exotiques, ou un ensemble de tout cela.