Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) de La Réunion

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La Commission auto-évalue sa politique commune de la pêche (PCP)

La Commission européenne a publié le 30 avril 2026 l'évaluation qu’elle a faite du règlement relatif à la politique commune de la pêche (PCP), qui couvre la décennie 2014-2024.

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Cette évaluation est disponible au lien suivant -> https://ec.europa.eu/transparency/documents-register/detail?ref=SWD(2026)120&lang=en

L’évaluation montre que « les progrès en matière de durabilité de la pêche sont lents et que les pêcheurs de l'UE sont confrontés à des défis persistants »


L'évaluation dresse ainsi un tableau mitigé :

« bien que le rapport reconnaisse certains progrès dans la réduction de la surpêche et le renforcement de la gestion de la pêche, il montre également que les gains en matière de durabilité restent insuffisants. La reconstitution des stocks de poissons reste trop lente. Dans le même temps, les gains économiques prévus en 2014 ne se sont pas entièrement matérialisés, notamment en raison de nouveaux défis, notamment les évolutions géopolitiques et les prix élevés de l'énergie ».

Sans surprise, la Commission européenne estime que les règles de la PCP elles-mêmes ne sont pas bloquantes mais que:

« [la] mise en œuvre [des règles de la PCP elles-mêmes] et une application incohérentes dans les États membres de l'UE les rendent impactantes ».

Parce que la Commission européenne entend s’appuyer sur cette évaluation pour se servir de base à la vision pour la pêche et l'aquaculture à l'horizon 2040, avec la définition « d’un cadre stratégique de 15 ans destiné à orienter l'élaboration des politiques », les pêcheurs européens ont de quoi se soucier.


L’évaluation insiste néanmoins sur le fait que, contrairement aux filières de transformation qui se sont avérées plus résilientes, le secteur de la pêche reste confronté à des défis persistants, notamment le vieillissement des navires, l'augmentation des coûts opérationnels et, en particulier pour les petits pêcheurs, l'accès aux possibilités de pêche. Elle ajoute que:

« alors que la part des stocks pêchés à des niveaux durables est passée de 50 % en 2014 à 63 % en 2022 et que la pression exercée par la pêche a diminué, les stocks halieutiques ne se sont pas rétablis comme prévu, ce qui ajoute aux défis économiques auxquels sont confrontés les pêcheurs ».

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Les RUPs, oubliées de l'évaluation de la PCP ?

Les références aux régions ultrapériphériques dans cette évaluation se comptent sur les doigts d’une seule main. Tout au plus l’évaluation reconnaît dans les contributions reçues des ressortissants européens, dont celle du CRPMEM de La Réunion, que l’asymétrie des normes, que la Commission qualifie d’inégalité des chances, pèse sur

« [...] les producteurs de l'UE avec des réglementations plus strictes sur le travail, la surveillance et la durabilité, ce qui peut les désavantager sur le plan concurrentiel, en particulier compte tenu du taux élevé d'importations de fruits de mer »

et précise que

« les dispositions existantes en matière de PCP pour les régions ultrapériphériques ne sont pas suffisamment robustes et ne reflètent pas correctement leurs contraintes structurelles ».


L'évaluation note également que le comportement des consommateurs a évolué, avec une demande croissante de produits de la mer transformés et pratiques et des compromis croissants entre le prix, la qualité et la durabilité.


Pour Costas Kadis, le Commissaire européen à la pêche et aux océans

« une décennie de politique commune de la pêche a mis l'Europe sur une voie plus durable, en protégeant mieux les ressources marines sur lesquelles nos pêcheurs comptent. Notre gouvernance est plus forte et notre leadership international en matière de protection des océans est clair.
Cependant, le changement climatique, l'espace marin limité, la hausse des prix du carburant et les changements géopolitiques rapides continuent de tester notre résilience. La reconstitution des stocks de poissons est à la traîne, ce qui a des répercussions sur les pêcheurs et les communautés côtières. Nous prendrons des décisions éclairées sur l'avenir de notre politique commune de la pêche et utiliserons les résultats de l'évaluation pour élaborer la future vision pour la pêche et l'aquaculture et la stratégie de l'UE pour l'action extérieure dans le secteur de la pêche. »

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Kosa i vé dire pou bann peser La Réunion ?

Pour le CRPMEM de La Réunion, ses demandes restent à satisfaire et la future PCP devra comporter un chapitre spécifique aux RUP ainsi qu’adapter tous ses instruments, pour la mise en œuvre de mesures porteuses pour le développement d'une stratégie spécifique et efficace pour la préservation de la biodiversité, pour l’emploi, pour l'approvisionnement et pour la sécurité alimentaire de nos populations, ressortissantes éloignées de l'UE.

Plus précisément, la future PCP devra :

  • prendre en compte les intérêts des pêcheurs en assurant une exploitation raisonnée des ressources halieutiques sans compromettre l’évolution technique, le renouvellement en main-d’œuvre et l’attractivité du secteur ;
  • rechercher et analyser l’ensemble des activités, maritimes et aussi terrestres, sources de pollutions et responsables des changements environnementaux pour contribuer efficacement à la protection des océans ;
  • être le fruit d’une construction participative pour faire émerger des idées concrètes, équilibrées et tangibles et des solutions acceptées par les professionnels ;
  • s’accompagner d’un cadre réglementaire stable mais différencié selon les territoires et donc les océans, évitant les incohérences et les lourdeurs administratives fragilisant les entreprises de pêche ;
  • intégrer pleinement les préoccupations des professionnels de la mer, garantissant la préservation des ressources marines tout en maintenant une activité de pêche dynamique, compétitive, exemplaire et prospère et, enfin,
  • s’adapter à nos réalités ultramarines pour permettre le renouvellement de nos flottes de pêche, la structuration de nos marchés intérieurs, ...


Jusqu’à présent, malgré des arguments juridiques solides, malgré la petitesse des captures de nos secteurs ultramarins par rapport aux autres armements continentaux qui profitent de zones étendues de pêche autour de nos bassins maritimes, continue de s’appliquer un cadre réglementaire unique inadapté à nos régions.